Le premier câble sous-marin téléphonique posé en 1956 entre la France et les Etats-Unis n'offrait qu'une faible capacité de 36 voies. Pour transmettre la télévision, il fallait enregistrer un programme sur une bande magnétique, envoyer celle-ci par avion vers le studio destinataire : tout reportage télévisé "en direct" était impossible.

Le C.N.E.T.(Centre National d'Etudes des Télécommunications) était naturellement l'organisme privilégié pour effectuer des recherches dans le domaine du téléphone ainsi que de la télévision.

1945 : l'auteur de science-fiction Arthur Clarke décrit le principe des satellites géostationnaires : situés dans le plan de l'Equateur, à 36 000 kilomètres de la Terre, ils tournent à la même vitesse angulaire et paraissent donc immobiles.

John R. Pierce, ingénieur des "Bell Telephone Laboratories" (Bell Labs), analysait dès 1955 les différents types de satellites imaginables à cet effet :
  • satellite réflecteur passif (réfléchissant simplement les ondes) comme la Lune, ou le ballon aluminisé ECHO, de 30m de diamètre lancé en 1960;
  • satellite répéteur actif (muni d'un récepteur et d'un émetteur pour amplifier les signaux à transmettre);
  • satellite à "défilement" (décrivant une orbite proche de celle de la Terre en quelques heures);
  • satellite "géostationnaire" tournant à la même vitesse que la Terre.

Un accord signé en 1961 entre la Grande Bretagne, la France et les Etats-Unis, porte sur les projets de satellites de télécommunications actifs à défilement "Telstar" et "Relay".
Le but est d'acheminer les importants trafics téléphonique et télévisuel entre l'Europe et l'Amérique.



Le satellite Telstar, sphère de 87 centimètres de diamètre fut construit par les Bell Telephone Laboratories. Il est lancé de Cap Canaveral le 10 Juillet 1962.

Son orbite est inclinée à 45 degrés sur l'équateur et sa distance se situe entre 900 et 5 900 km d'altitude. La durée maximum d'utilisation entre l'Europe et les Etats-Unis est de 20 minutes à chaque passage du satellite.





  • LE RADÔME DE PLEUMEUR-BODOU

Pleumeur-Bodou est retenu comme station terrienne pour plusieurs raisons : proximité des laboratoires du CNET, absence de parasites électromagnétiques (cuvette orientée à l'Ouest), position géographique et  climat tempéré.

Le chantier débute en octobre 1961. On effectue 8000 m3 de terrassement (dont 3000 de rocher), 3000 tirs de mines; on emploie 4000 m3 de béton, 276 tonnes d'acier pour armatures et 10 tonnes de boulons pris dans le béton.

On construit une centrale électrique, un bâtiment principal, une chaufferie et on installe la climatisation, ainsi que les "trackers", destinés à repérer et poursuivre le satellite. Environ 120 km de câbles, nécessitant quelque 200000 connexions, furent posés pour relier les différents équipements.

En dehors du site, sur l'île Losquet, située à 7 km de l'antenne, on érige, pour la mise au point, un pylône de visée de 200 mètres de hauteur supportant un simulateur de satellite.


Le premier Radôme (contraction de radar et de dôme) fut installé pour abriter provisoirement le chantier de l'antenne. Fabriqué en nylon et vinyle blanc, il ne pesait que 10 tonnes et comportait une excroissance hémisphérique de 13,70 m de diamètre. Son rôle fut double: il abrita le montage de l'antenne qui s'effectua jour et nuit sous sa protection et il servit de support à la pose du lourd Radôme définitif.


Le Radôme définitif est une portion de sphère de 64 mètres de diamètre. Le diamètre à la base est de 54 mètres. Sa hauteur est de 49 mètres. Le matériau de l'enveloppe extérieure, couvrant une surface de 9 500 mètres carrés, pesant 30 tonnes, est constitué de deux couches croisées de fils en dacron enrobés d'un caoutchouc synthétique. Il doit être repeint tous les 5 ans pour limiter l'action oxydante de l'air et des ultraviolets.


Ce travail gigantesque sera achevé en 9 mois.


  • L'ANTENNE-CORNET

L'antenne a 54 mètres de long et pèse 340 tonnes. Le pointage de l'antenne vers le satellite s'effectue au moyen d'une commande numérique avec une précision du centième de degré. La mise en service des équipements, dont la plupart sont des prototypes, est une opération complexe et délicate. On est encore loin de l'ère des microprocesseurs : la cabine inférieure de l'antenne loge 1200 cartes électroniques!
Telstar a une puissance d'émission de quelques watts seulement et n'émet pas selon un faisceau orienté.

Aussi, les très faibles signaux reçus, environ un milliardième de milliwatt, sont amplifiés par un MASER (Microwave Amplification by Stimulated Emission of Radiation), précurseur du laser dans le domaine micro-ondes. Il est plongé dans de l'hélium liquide à -269°C  pour réduire le bruit de fond.
L'émetteur est équipé d'un tube à onde progressive de 2 kW.



  • L'EVENEMENT

Le 11 Juillet 1962, au second passage du satellite Telstar, l'antenne de Pleumeur-Bodou capte, dans d'excellentes conditions, les premières images émises depuis Andover au nord-est des Etats-Unis. Fini le transport des bandes vidéos par avion, vive le direct!



La première image reçue à Pleumeur-Bodou le 11 juillet 1962 à 0h47


La station terrienne de Goonhilly-Downs, en Grande-Bretagne, put transmettre à son tour un programme vers les Etats-Unis au passage suivant du satellite.

La "Mondiovision" était née...


  • L'ERE DES SATELLITES INTERNATIONAUX DE TELECOMMUNICATIONS

La mise au point des systèmes de télécommunications par satellite fut très rapide puisqu'elle ne nécessita que trois ans d'expérimentation :

  • 1964, lancement du premier satellite géostationnaire sur le Pacifique et création de l'organisation mondiale Intelsat
  • 1965, mise en service de 240 circuits permanents entre l'Europe et l'Amérique du Nord avec le satellite Intelsat 1 Early Bird et création du système Interspoutnik par les Russes.

A partir de cette date, l'organisation Intelsat met en orbite des satellites de capacité croissante : 12 000 circuits pour Intelsat V en 1980, 24 000 pour Intelsat VI en 1990, 40 000 pour Intelsat VII en 1995. Le développement incessant de la demande nécessite la construction d'autres antennes à Pleumeur-Bodou, ainsi que la création d'autres sites en France.

Des réseaux très importants, destinés à l'acheminement du téléphone, de la télématique et de la télévision, sont réalisés grâce à l'utilisation de nombreux satellites géostationnaires.

Dès 1970, chaque pays peut songer à s'équiper d'une station terrienne pour assurer l'indépendance de ses télécommunications internationales, ou pour des raisons géographiques (Indonésie, Canada, Brésil...)

En 1978, l'Europe crée l'organisation Eutelsat dédiée à ses besoins propres et en 1979 la création de l'organisation Inmarsat permet la desserte des liaisons avec les navires.

Des stations d'émission-réception Inmarsat, logeables dans le coffre d'un véhicule, permettent aux reporters d'émettre des reportages en direct depuis presque tous les points du Globe.

Enfin, certains satellites géostationnaires sont mis en orbite uniquement pour distribuer les programmes directement aux téléspectateurs. Ce sont les satellites de télédiffusion directe.


  • LES SATELLITES FRANCAIS TELECOM 1 et 2

A partir de 1984, la France lance les satellites Télécom 1 destinés aux communications avec les Département d'Outre-Mer, à la distribution de programmes radio et télévisés sur le territoire national ainsi qu'aux liaisons militaires. Ils fournissent une capacité de relayage de 6 à 8 canaux de TV et 40 00 circuits téléphoniques.


Fin 1991, Télécom 2A (illustration ci-dessus) premier d'une nouvelle génération de satellites de France Télécom avait une capacité de 11 à 15 canaux TV et 16 000 circuits. Télécom 2C a été lancé en novembre 1995 et Télécom 2D en août 1996.


  • LE FUTUR

L'explosion du nombre des téléphones portables a conduit à proposer l'accès direct des terminaux téléphoniques à des systèmes de satellites en orbite basse, tels que Globalstar, eux-mêmes en communication avec le réseau terrestre et prévus pour la fin de la décennie.

Aussi certains ont déjà imaginé que le réseau téléphonique mondial sera un jour complètement embarqué dans l'espace... Cette évolution ultime est encore du domaine de la science-fiction.

C'est oublier que les câbles ont plus d'une performance en réserve dans le coeur de leurs fibres, et que les fréquences hertziennes sont souvent encombrées!

Encore une étape à suivre de la rivalité ondes-câbles...



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